Michel Rederon

Informations sur l'auteur Michel Rederon, biographie, distinctions, liste des ouvrages publiés, ouvrages en préparation, notes de lecture, coups de coeur.

01 novembre 2009

Mon dernier livre

gr_ve_surprise

Mon dernier livre, qui vient de paraître aux Éditions de l’Armançon, est un recueil de nouvelles.

Son titre :  Grève surprise…et autres bonnes nouvelles

Treize  (bonnes ) nouvelles dont plusieurs ont été lauréates à différents concours.

Treize récits très différents, les uns légers, les autres plus graves destinés à distraire ou bien à interpeller sur des sujets d’actualité, mais dans tous les cas à faire passer un bon moment de lecture.

Extrait d’une de ces nouvelles ( Jeux de miroirs)

   « Christophe, vous pouvez prendre Madame Lambert, je crois que Géraldine vient de terminer son shampooing »

   Le rêve s’achève, je m’approche du fauteuil où se tient ma cliente. Elle a de belles épaules, peut-être un peu maigres, une nuque très fine, très blanche, envahie par un léger duvet blond. Une nuque comme je les aime, fragiles mais pas trop. Attention ! Surtout n’allez pas croire que je sois un maniaque ou même un obsédé, mais des femmes, moi je ne connais que la nuque et les épaules, alors forcément, je m’attarde, je détaille, je compare…Le reste du visage, je ne le vois jamais. Enfin jamais directement, je n’en vois que le reflet que le miroir veut bien m’offrir. Une image sans profondeur, sans relief, une simple image soumise aux caprices de la lumière, de la réflexion, de la qualité du verre, de la finesse du polissage…

   Mais cette nuque, elle, est bien réelle, elle m’apparaît telle qu’elle est, sans artifices, sans intermédiaires, avec tous ses défauts et tous ses mystères. Une vision directe, sensible, profonde, non déformée, non corrigée. Bien différente de ce visage dont je ne sais que ce que le miroir veut bien m’en dire. Et moi qui le connais si bien, qui le surveille huit heures par jour depuis des mois, moi je sais qu’il ment. Je sais parfaitement, qu’en fonction de son humeur, du temps qu’il fait, du soin que l’on a pris à le dépoussiérer et à le lustrer, il lui vient des états d’âme et qu’il ne réfléchit pas toujours fidèlement les images qu’on lui offre. Il connaît toutes les ficelles du métier, il sait ternir une joue, faire luire un menton, allumer une prunelle, modifier l’intensité d’un regard. C’est surtout avec les yeux qu’il aime jouer. Un jour, il leur donne l’éclat sombre d’un ciel d’orage, un autre, il les éclaircit, les pare de la couleur de la pousse printanière, un autre encore, il les ourle de gris, leur offre la teinte diaprée, aux mille nuances changeantes, des galets polis par le ressac. Non ! Jamais, au grand jamais il ne faut lui faire confiance, il est trop fantasque, trop changeant. Combien de fois m’a-t-il déjà trompé ? Surtout lorsque j’étais jeune apprenti, que je ne connaissais pas encore toutes ses filouteries, toutes ses entourloupes et que je me laissais attendrir par le premier reflet venu.

Combien de fois ai-je oublié la vulgarité d’une nuque pour ne tenir compte que de la fraîcheur d’un minois, de l’attrait d’une joue fardée, du mystère d’une paupière assombrie de khôl ? Et combien de fois ai-je été cruellement déçu ?

Posté par Michel Rederon à 06:26 - 2.3 Mon dernier livre... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1